En récusant le recours à une loi de circonstance pour combattre la burqa, le Parti socialiste a choisi de traiter cette question de manière rigoureuse et conséquente.
J’avais exprimé une position analogue, inquiet des initiatives prises par le groupe UMP qui avant même la fin des travaux de la commission d’enquête sur le port du voile intégral avait décidé son interdiction.
Inutile d’épiloguer sur la nécessaire condamnation de cette pratique qui doit être combattue, même si elle est marginale et localisée. Député du 18e arrondissement de Paris et d’une partie de la Goutte d’Or qui concentre deux mosquées (rue Polonceau et rue Myrha), je n’ai pas le souvenir d’avoir croisé une femme portant le voile intégrale et je n’ai jamais été saisi de cette question (alors que j’ai été interpellé à plusieurs reprises sur le fait que les fidèles soient contraints de prier dans la rue). J’avais, donc, été le premier surpris de voir se constituer une commission d’enquête sur ce phénomène qui ne me paraissait pas quantitativement significatif. Mais attendons les conclusions de cette commission qui apportera, je l’espère, des éléments d’appréciation plus précis.
En fait, il existe un consensus et même une unanimité pour condamner le port de la burqa. Je n’ai entendu aucun responsable politique la défendre, à droite comme à gauche, au centre comme aux extrêmes. Cela devrait plutôt rassurer celles et ceux qui considèrent que la République est défiée ou menacée par ce phénomène !
Mais il faut être vigilant. Et la question est bien de savoir comment éradiquer cette pratique et pour le législateur ; faut-il ou non une loi ?
Certains diront (et l’ont déjà dit) avec la force de l’évidence ; « puisque nous condamnons la burqa, il faut l’interdire ».
En fait, les choses ne sont pas si simples.
Il faut, en effet, que la loi soit justifiée par des principes autres qu’une simple réprobation morale. Tous les juristes, à l’exception d’un, certes éminent, Guy Carcassonne, qui ont été entendus par la commission d’enquête ont exprimé de sérieux doutes sur la possibilité de donner un fondement principiel incontestable à une telle loi.
La laïcité n’est à l’évidence pas en cause puisque le port du voile intégral n’est pas une prescription de l’islam. Il n’y a donc pas de problème de compatibilité entre la religion musulmane et la République.
De même, la justification qui avait été avancée pour interdire le port du voile à l’école ne peut être retenue. Il s’agissait en effet, à l’époque, d’interdire le prosélytisme qui pouvait s’exprimer à travers le port d’insignes religieux pour influencer un public encore jeune et fragile. Nous ne sommes manifestement pas dans cette situation avec le port de la burqa.
L’atteinte à la dignité paraît, à première vue, plus fondée et a souvent été avancée au cours des auditions de la commission d’enquête. Le port de la burqa serait une mise en cause de la dignité de la femme et une violence à son égard. Constatons qu’il existe des phénomènes qui sont moralement choquants ou qui apparemment mettent en cause la dignité de la femme et qui ne sont pas interdits. Je pense à la prostitution par exemple qui en tant que telle n’est pas interdite par la loi parce que l’on considère que chacun doit pouvoir disposer de son corps. Dans la réalité, nous savons bien que c’est rarement le cas et pourtant la prostitution n’est pas interdite.
Il est donc difficile d’interdire le voile intégral dès lors que les femmes qui le portent sont consentantes. L’atteinte à la dignité suppose que s’exerce une contrainte sur la personne ce qui n’est pas toujours le cas pour les femmes portant la burqa. Il paraît donc très incertain de bâtir une loi d’interdiction sur cette motivation.
La justification qui est apparue en définitive la plus solide est celle du trouble à l’ordre public. C’est sur ce principe que Guy Carcassonne s’est appuyé pour justifier la possibilité d’instaurer une interdiction générale et absolue du voile intégral sur le territoire français. Le fait de cacher son visage serait considéré comme une défiance à l’encontre des autres personnes, voire comme une menace en terme de sécurité. Cette approche me semble doublement critiquable. Elle stigmatise à l’excès les femmes qui portent la burqa jusqu’à les assimiler à des délinquantes en puissance. Le rapprochement entre islam et terrorisme a suffisamment fait de dégâts pour qu’il ne soit pas utile d’en rajouter ! Au demeurant si on considère que ces femmes sont manipulées, alors il faut les considérer comme des victimes et ne pas les sanctionner, elles, mais ceux qui les manipulent.
Il paraît, en outre, très difficile de faire la démonstration que le port de la burqa soit à tout moment et en tout lieu une menace pour l’ordre public. Un juriste entendu par la commission d’enquête disait justement que l’on ne peut pas demander aux citoyens d’être en état permanent de contrôle d’identité.
Pour ces raisons, il est peu probable qu’une interdiction générale et absolue de la burqa soit validée par le Conseil Constitutionnel.
C’est pourquoi les moyens de lutte contre ce phénomène sont à rechercher dans notre arsenal juridique existant et dans les politiques d’accompagnement éducatives des populations concernées.
Sur le plan juridique, notre pays est loin d’être désarmé. Des contrôles d’identité peuvent être effectués auprès des femmes portant le voile intégral pour leur rappeler qu’en France l’identité doit pouvoir être vérifiée. Les maires peuvent prendre des arrêtés d’interdiction de la burqa dans certaines parties du territoire communal s’ils considèrent que la présence de femmes portant la burqa crée un trouble à l’ordre public. Il faut seulement que ces arrêtés soient localisés et limités dans le temps. On peut d’ailleurs s’étonner que les élus qui s’opposent à cette pratique et qui sont maire ou l’ont été, comme André Gérin, n’aient pas eu recours à cette mesure comme si, comme maire, ils hésitaient à assumer les conséquences politiques de telles décisions. On peut se demander si, à l’origine de la création de la commission d’enquête sur la burqa, il n’y a pas précisément l’incapacité d’un élu à prendre ses responsabilités localement, partagé entre la réprobation d’une partie de sa population et la compréhension de l’autre. La commission d’enquête permet de sortir de ce dilemme en nationalisant la question et en s’abritant derrière une législation nationale. Mais est-ce bien la vocation du Parlement de se substituer aux élus locaux dès lors qu’ils disposent de tous les outils législatifs pour agir ?
Sur le plan du droit, d’autres dispositions peuvent être utilisées ; celles concernant les sectes comme celles concernant les violences faites aux femmes.
Bref, il semble possible d’endiguer ce phénomène en ayant recours au cadre législatif existant. Mais disons clairement que ce n’est pas par la répression que l’on éradiquera cette pratique mais par l’éducation. Ce qui me frappe chez les quelques femmes voilées intégralement qui se sont exprimées, c’est la confusion de leurs propos, la méconnaissance de l’histoire de la religion qu’elles prétendent servir, l’absence d’intériorisation des règles de notre société. Elles sont bien plus des victimes (et d’abord de leur propre ignorance) que des agents menaçant la République. C’est par l’éducation et une meilleure intégration que l’on règlera cette question.
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Vous trouverez sur ce blog des infos sur mon travail parlementaire et dans le 18e arrondissement, ma circonscription et aussi de nombreux commentaires sur la
situation politique. Depuis les dernières élections municipales de mars 2008, je me consacre uniquement au travail parlementaire puisque je m’applique le principe du mandat unique, principe souvent défendu au PS. N’hésitez pas à réagir et à vous abonner à ce blog ! |
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la défaite regrettable de Lionel Jospin en 2002 sur le talon d'Achille de son gouvernement (la sécurité) était anticipée par celui-ci reconnaissant sur TF1 une certaine naïveté. Je crains que vous ne tombiez dans le même travers : l'éducation repose en effet sur des règles et des principes intangibles mis en musique par les hussards noirs de la république du temps de Jules Ferry au rang desquels figure la discipline.
Salutations dévouées.
André Guidi
Je m'étonne que vous écriviez que vous n'avez jamais été saisi de cette question, car je vous ai adressé un courrier en recommandé le 30 juin 2009.
Vous n'avez pas le souvenir d'avoir croisé une femme portant le voile intégral, et bien moi si, dans la goutte d'Or et dans le 17e arrondissement.
Je suis très attristée qu'un élu de la République puisse penser aussi rapidement que "la laïcité n'est à l'évidence pas en cause puisque le port du voile intégral n'est pas une prescription de l'islam".
A mon sens, la laïcité est bien ici testée par les néofondamentalistes musulmans, et je constate que le PS refuse de prendre ses responsabilités républicaines.
Serez-vous "naïfs" à nouveau ?
Au contraire, les élus devraient faire montre d'une fermeté exemplaire devant ce type de provocations et de dérives.
Cordialement.
PC
Christophe, je suis d'accord globalement sur ton analyse à propos de la Burqua. En ce qui me concerne je me place avant tout sur le plan de la sécurité. Il faut multiplier les controles. Ces jours derniers un hold up a eu lieu, les braqueurs étaient voilés. Demain ce seront des terroristes qui utiliseront le même moyen et il sera trop tard pour pleurer !
Amitiés
B. Batais
Le Statut du voile dans les Traditions musulmane et chrétienne
Tous les versets du Coran qui traitent de la façon de se vêtir (à savoir : V.53-S.33, V.59-S.33, V.31-S.24, V.60-S.24) relèvent du conjoncturel. Ainsi, à titre d’exemple, ceux qui veulent imposer le voile, intégral ou non, aux musulmanes se basent, essentiellement, dans leur argumentation, sur le Verset 59 de la Sourate 33 qui, en réalité, relève du conjoncturel, puisqu’il s’adresse, explicitement, aux épouses du Prophète, à ses filles et aux femmes des croyants (de l’époque). En outre, ils choisissent, pour traduction du dit verset, celle qui figure dans la version française officielle du Coran de l’Arabie Saoudite, traduction qui représente l’interprétation la moins tolérante du terme « Jalabibihinna », terme pivot de ce verset traduit, dans cette version, par « grands voiles » ; dans d’autres versions, ce terme est plus sobrement traduit par : voiles, mantes, capes,… ; dans tous les cas, l’adjectif « grand » ne figure pas dans le texte en arabe et nulle part, dans le Coran, il n’est mentionné que le port du voile (ni du foulard, d’ailleurs) est une prescription pour les croyantes, en général. Dans ce contexte, il convient de signaler que le mot « voile », comme son équivalent arabe « hijab », n’est pas un terme spécifique ; c’est un terme générique qui, dans le cadre de ce commentaire, désigne un élément d’un ensemble d’habits ou d’accessoires destinés à cacher une partie du corps féminin tel que fichu, foulard, cornette, châle, mante, mantille, burkini, safsari, tchador, nikab, tchadri, burka,… ; à l’instar du terme « voie » qui est le terme générique désignant les impasses chemins, rues, routes, autoroutes,…. Une erreur sémantique, régulièrement commise par certains commentateurs, médias et politiques de tous bords (y compris le plus haut), est de confondre un élément du dit ensemble avec le terme générique le désignant. Ainsi, le Président de la République a déclaré le 22 juin 2009, dans son discours au Congrès de Versailles, que « La burka ne sera pas la bienvenue sur le territoire de la République », alors qu’il avait déclaré, quinze jours auparavant, le 6 juin 2009, en évoquant le discours prononcé au Caire par Barack Obama et consacré au monde musulman : « En France, toute jeune fille qui veut porter le voile peut le faire. C’est sa liberté » !
Quant au Statut du voile dans la Tradition Chrétienne, elle a, essentiellement, comme support la théologique paulinienne (contenue dans le nouveau testament et concernant le port du voile) explicitée par l’extrait suivant :
« Première épître aux Corinthiens, 11 : 2-10.
2 Je vous félicite de vous souvenir de moi en toute occasion, et de conserver les traditions telles que je vous les ai transmises. 3 Je veux pourtant que vous sachiez ceci : le chef de tout homme, c’est le Christ ; le chef de la femme, c’est l’homme ; le chef du Christ, c’est Dieu. 4 Tout homme qui prie ou prophétise la tête couverte fait affront à son chef. 5 Mais toute femme qui prie ou prophétise tête nue fait affront à son chef ; car c’est exactement comme si elle était rasée. 6 Si la femme ne porte pas de voile, qu’elle se fasse tondre ! Mais si c’est une honte pour une femme d’être tondue ou rasée, qu’elle porte un voile ! 7 L’homme, lui, ne doit pas se voiler la tête : il est l’image et la gloire de Dieu ; mais la femme est la gloire de l’homme. 8 Car ce n’est pas l’homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l’homme, 9 Et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. 10 Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance, à cause des anges ».
En conclusion, il convient de souligner, comme il ressort de l’extrait précédent, que c’est avec l’Apôtre Paul, et non avec le Coran, que la coutume, au départ citadine et païenne du voile des femmes, acquiert un statut religieux et cultuel. Plus précisément, dans le Coran (V.59-S.33), Dieu dit au Prophète d’ordonner à ses épouses, à ses filles et aux femmes croyantes (de l’époque) de rabattre leur vêtement sur elle pour se faire reconnaître et d’éviter ainsi d’être offensées ; le texte, contrairement à la théologique paulinienne, n’inscrit pas cette démarche dans le rapport que doivent avoir les femmes à la Divinité, autrement dit elle relève du social.
HORCHANI Salah
Professeur des Universités
La meilleure punition à inscrire dans la prévue loi… !
La meilleure punition à inscrire dans la prévue loi sur l’interdiction du voile intégral est d’obliger celle qui la viole à recopier mille fois les deux phrases suivantes :
1. « Qasim Amin, un intellectuel égyptien, a déclaré, en 1897, que "C’est quand même étonnant ! Pourquoi ne demande-t-on pas aux hommes de porter le voile ou de dérober leurs visages aux regards des femmes, s’ils craignaient tant de les séduire ? La volonté masculine serait-elle inférieure à celle des femmes ? ".
2. Tahar Haddad, un intellectuel tunisien, a comparé, en 1930, le voile à "la muselière qu’on met aux chiens pour les empêcher de mordre".
HORCHANI Salah
Professeur des Universités