Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /Juin /2009 12:38
Le congrès socialiste débouchera sur l'élection d'un ou d'une premier secrétaire mais ne saurait se résumer à cela. Les vrais débats de fond doivent être traités. La nouvelle direction du parti devra fonder son action sur la redéfinition d'un projet crédible, en phase avec les enjeux des temps présents. Nous avons trop souffert ces dernières années d'esquives, d'approximations, d'obscurités, voire parfois de double langage sur les questions essentielles de l'avenir, comme les modalités de régulation économique, la prise en compte du vieillissement, les moyens de donner corps à l'égalité réelle, la construction d'un nouveau modèle de développement ou encore les outils de lutte contre les discriminations.

L'enjeu de l'urgence sociale, qui est le combat de la gauche, s'inscrit dans un contexte très nouveau. La triple crise alimentaire, énergétique et climatique que nous vivons ne fait que commencer. Elle est le fruit de l'incapacité de notre modèle de développement à se reproduire de manière durable, en évitant la surexploitation des ressources naturelles non renouvelables. Elle menace les fondements même de l'équilibre de nos sociétés en remettant en cause la nature même du progrès. Elle porte des risques majeurs pour la cohésion sociale et pour l'avenir, les plus pauvres étant les premières victimes. Les deux défis de l'urgence sociale et écologique doivent ainsi constituer conjointement la nouvelle frontière de l'action d'une gauche moderne.

C'est dans ce contexte que le Parti socialiste a décidé que la première étape de son processus de rénovation sera consacrée à la réécriture de sa déclaration de principes. Nous prenons cet exercice très au sérieux, que le seul travail d'une poignée de dirigeants, aussi éminents soient-ils, ne peut suffire à finaliser. Nous avons d'ores et déjà pris plusieurs initiatives pour qu'il soit pleinement discuté par les adhérents du PS.

Les médias ont à juste titre souligné que le projet actuel de déclaration de principes avait le mérite de reconnaître le réel, c'est-à-dire la conception réformiste qui doit être celle du Parti socialiste. Mais cette approche doit se fonder sur des bases claires, adaptées aux nouveaux défis de notre époque. Le texte actuel présente de ce point de vue des avancées, puisqu'il admet que la protection de la planète est un enjeu en tant que tel. Mais il n'est pas dépourvu d'ambiguïtés qui nuisent au nouveau message dont il se veut porteur. Celles-ci ne sont hélas pas nouvelles et reflètent les incertitudes programmatiques actuelles d'une gauche qui a trop souvent pris l'habitude du langage à géométrie variable, par exemple en matière de fiscalité pétrolière ou de politique énergétique.

C'est pourquoi les militants, responsables et élus socialistes regroupés dans le pôle écologique du PS ont décidé de proposer à la discussion des amendements sur trois points principaux, dont on mesure aujourd'hui l'actualité profonde à la lumière du débat sur les OGM ou la mise en oeuvre du Grenelle de l'environnement.

Le premier consiste non seulement à reconnaître mais aussi à défendre la validité et la portée du principe de précaution. Si les sciences et les techniques ouvrent de nouveaux espaces de liberté et de créativité, elles peuvent aussi détruire ou pervertir toute forme de vie. Aussi, dans une optique de précaution, il faut agir pour que les innovations scientifiques et techniques issues de toutes les sciences, les sciences dites « dures » comme les sciences sociales, bénéficient à tous les hommes et toutes les femmes, aux générations présentes comme aux générations futures, et contribuent à préserver la pérennité de toutes les formes de vie sur Terre.

Le deuxième est d'admettre explicitement l'ampleur et la portée de la crise écologique et des menaces que font peser le changement climatique et les atteintes majeures à la biodiversité, termes qui ne figurent pas dans le texte actuel de la déclaration de principes. Qu'on le veuille ou non, ces préoccupations doivent être au coeur d'une politique économique et sociale de gauche, sous peine de s'interdire de construire un avenir soutenable.

Le troisième est de fixer clairement comme objectif non la décroissance, qui générerait davantage d'inégalités et de pauvreté, mais un autre modèle de développement. Celui-ci doit comporter un impératif de diminution du prélèvement sur les ressources naturelles, en le conjuguant avec une répartition plus égalitaire des richesses produites. Cette priorité ne sera pas facile à mettre en oeuvre, mais elle est indispensable si on ne veut pas demain connaître une crise encore plus profonde que celle d'aujourd'hui, dont les plus démunis seraient évidemment les premières victimes. La croissance ne peut qu'être placée sous la double conditionnalité de l'impératif écologique et de la cohésion sociale.

Ces propositions d'amendements ont d'ores et déjà une forte résonance dans les sections et les fédérations du parti. « Gouverner, c'est choisir », écrivait Pierre Mendès France. Encore faut-il que ce choix s'effectue en toute connaissance de cause et après un vrai débat. La discussion de la nouvelle déclaration de principes doit en être la première occasion.

NICOLE BRICQ est sénatrice (PS) de Seine-et-Marne CHRISTOPHE CARESCHE est député (PS) de Paris GÉRAUD GUIBERT est responsable national du PS
Tribune parue dans Les Echos le 10 juin 2008
Par Christophe Caresche - Publié dans : Parti socialiste
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