Jeudi 16 décembre 2010
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Après les propos de Marine Le Pen, destinés à provoquer et à choquer, la question de la présence des musulmans dans la rue pour prier
est à nouveau posée. Cette situation suscite, légitimement, des incompréhensions chez tous ceux qui sont attachés à la laïcité. Marine Le Pen et les groupuscules qui depuis des mois mènent
campagne, notamment dans le 18e arrondissement, en stigmatisant « l'occupation » du domaine public, l'ont bien compris.
Pour avoir traité cette question, avec Bertrand Delanoë, dès 2001 et pour bien connaître la situation du 18ème
arrondissement, il me semble important de rappeler un certain nombre d'éléments.
Même si cela ne constitue pas une justification, la présence des musulmans dans la rue est un phénomène limité dans le
temps et dans l'espace. Ces regroupements ne concernent, en effet, que la prière du vendredi et sont circonscrits à deux portions de rue de l'arrondissement. La gêne pour les riverains et ceux
qui se trouvent dans ces quartiers est limitée aux jours de prière, le vendredi. Je constate, d'ailleurs, que beaucoup s'expriment avec tolérance et compréhension vis à vis de cette pratique. Je
constate, aussi, que d'autres phénomènes sont beaucoup plus perturbateurs pour ces quartiers. Je pense au trafic de drogues et à la prostitution qui constituent des nuisances autrement plus
fortes que les prières dans la rue. On aimerait qu'elles soient dénoncées avec la même vigueur!
Ce n'est pas par plaisir ou par prosélytisme que les musulmans prient dans la rue. Les premières « victimes »
de cette situation sont les fidèles eux mêmes qui parfois dans le froid ou sous la pluie sont contraints de prier dans de mauvaises conditions. Il faut tordre le cou à l'idée, malheureusement
répandue au-delà des cercles d'extrême droite, selon laquelle les prières dans la rue seraient une manifestation de prosélytisme. La situation du 18ème arrondissement s'explique, uniquement, par
le manque de places dans les mosquées. Celles-ci n'ont pas de capacités d'accueil suffisantes, d'autant qu'elles reçoivent un public venant très largement de l'extérieur de l'arrondissement.
Ainsi, la fermeture de la mosquée de la rue de Tanger dans le 19e arrondissement, à accru la tension sur les mosquée du 18ème.
Il faut aider la communauté musulmane a disposer de lieux de culte, plus nombreux et mieux adaptés. C'est la conclusion
qui devrait être logiquement tirée du constat de l'insuffisance de places dans les mosquées. Or, ceux qui dénoncent la présence des prières dans la
rue sont, bien souvent, ceux qui refusent la construction de mosquées nouvelles. En réalité, le combat de Marine Le Pen et de ses amis, ne vise pas à dénoncer une situation inacceptable au regard
des principes de la laïcité, mais à mettre en cause une religion ; l'islam. C'est l'islamophobie qui anime l'extrême droite en France, comme en Europe.
Reste à trouver des solutions satisfaisantes pour les fidèles comme pour ceux qui ne le sont pas. Avec Bertrand Delanoë,
nous nous sommes préoccupés de cette situation dès 2001, pas seulement pour régler le problème de l'occupation de l'espace public, mais aussi pour construire un lieu de culte digne de ce nom. Un
projet de construction d'une mosquée et d'un centre culturel a donc été lancé par la Ville de Paris. Ce projet a mis du temps à aboutir. Aux difficultés inhérentes à toute construction
d'équipement à Paris, il faut trouver et libérer le terrain, notamment, s'est ajouté la nécessité de respecter un cadre législatif contraignant (loi 1905) dès qu'il s'agit des relations entre une
collectivité publique et un culte. Ces difficultés ont été surmontées. Le centre culturel dit des « cultures musulmanes » a ouvert dans des locaux provisoires. Un terrain a été trouvé à
l'angle des rues Doudeauville et Stephenson. Un projet architectural de grande qualité a été retenu. La mosquée et le centre culturel appelé l’Institut des cultures d’Islam (ICI) devrait être réalisées d'ici deux ans.
Certains trouveront ces délais bien longs. Plus de dix ans pour construire un lieu de culte cela fait, effectivement,
beaucoup ! C'est pourquoi je souhaite que la Mairie de Paris veille tout particulièrement à la réalisation de cet équipement ... le plus brièvement possible.
Mon
interview à RTL : où en est le projet de mosquée dans le18e ?
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